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fleche_droiteQuel est l'intérêt économique des plantes GM ? Quels sont les acteurs qui en tirent un réel profit ? Les agriculteurs sont au centre des discours des entreprises semencières qui font valoir l’augmentation des rendements, ainsi qu’une économie de pesticides et de main d'œuvre. Ces mêmes entreprises semencières brevètent les plantes GM qu'elles produisent et profitent pleinement de l'augmentation des coûts des semences. En outre, à force de concentrations et fusions, les entreprises semencières et agrochimiques contrôlent également la vente des pesticides associés aux PGM.

fleche_droiteAu sein de chaque catégorie d'acteurs, les bénéfices ne sont pas forcément répartis de façon égale : la concentration des exploitations agricoles est exacerbée avec le développement des plantes OGM, et les petites exploitations disparaissent accélérant la désertification des campagnes. De façon similaire, les petites entreprises semencières sont achetées par les grandes firmes ou sont conduites à la faillite. On assiste à une véritable main mise d'un petit nombre de firmes sur l'ensemble de la filière.

fleche_droiteLes enjeux économiques ne se limitent pas aux profits de tel ou tel acteur. On posera également la question de la durabilité, sur le long terme, des pratiques agricoles et des solutions technologiques proposées, en particulier leur influence sur la biodiversité cultivée et le développement de résistances aux pesticides utilisés.

Sommaire

1. Un intérêt économique controversé
1.1. La question des rendements
1.2. Pesticides et intrants
2. Une agriculture durable ?
2.1. Résistances aux pesticides
2.2. Qu'en est-il de la biodiversité cultivée ?
2.3. Une agriculture industrielle de grandes surfaces
3. Mainmise sur les semences par les entreprises agrochimiques
3.1. Double verrouillage sur les semences, par le droit et les technologies
3.2. Semences et chimie, le couple explosif

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transition11 – Un intérêt économique controversé

Malgré le surcoût qu’elles appliquent à leurs semences, les entreprises semencières affirment que les plantes GM entrainent un bénéfice aux agriculteurs grâce à :
– Une augmentation des rendements, directe ou indirecte
– Une diminution de l'utilisation des pesticides
– Une économie de main d'œuvre
– Une agriculture durable

1.1- La question des rendements

 

Aux États-Unis

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logo de l’USDA, Ministère de l’agriculture états-uniens

En fait, les rendements des variétés HT (tolérantes aux herbicides) ou Bt peuvent être occasionnellement plus faibles que ceux des variétés conventionnelles si les variétés dans lesquelles on a inséré les gènes HT ou Bt ne sont pas de bons cultivars, comme ce fut le cas dans les premières années de leur adoption »

« Durant les 15 années d'utilisation commerciale, les semences GM n'ont pas montré d'augmentation des rendements potentiels des variétés de maïs, soja, coton, colza » (Bilan du Ministère de l'Agriculture des Etats-Unis -USDA- Février 2014, p. 12; Cité et traduit par Inf'OGM)/p>

Contrairement aux entreprises semencières et aux partisans inconditionnels des OGM, les instances les plus officielles admettent qu'il n'y a pas d'effet sur les rendements.

 

En Inde

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Source : Conseil Consultatif Indien du Coton

Le coton Bt possède un transgène qui lui confère une toxicité contre le ver du cotonnier. Il a été introduit en Inde à partir de 200

2, mais ne décolle qu'à partir de 2006 pour atteindre en 2014, 12 millions d'hectares (95% des surfaces cultivées).

Les statistiques du Conseil Consultatif du Coton en Inde montrent une nette augmentation de rendement entre 2002 et 2013, de l'ordre de 50%. Elle passe ainsi de 300 à 500 kg/hectare. Monsanto affirme qu'elle est liée à la culture du coton Bt. Est-ce vraiment le cas ?

Ce graphique montre que l'augmentation des rendements est antérieure à l'arrivée du coton Bt : elle a lieu entre 2002 et 2005, alors que la culture du coton Bt ne décolle qu'en 2006.

Il ressort donc clairement que l'augmentation du rendement de la culture du coton en Inde est liée à d'autres facteurs que l'introduction du coton Bt.

En Argentine

Les rendements varient d'une année sur l'autre, mais augmentent très légèrement, ~ 10% sur l'ensemble de la deuxième période. Est-ce grâce aux variétés OGM ou à d'autres facteurs agronomiques ? Cela reste à étudier.

diapo3-6Le soja tolérant à l'herbicide total Roundup a été introduit en Argentine en 1996, facilitant le désherbage efficace des champs. Il remplace progressivement le soja conventionnel et se développe même au détriment d'autres cultures, des prairies et des forêts.

 

 

 

 

1.2 – La question des pesticides

Aux États-Unis

diapo3-7Les statistiques officielles américaines, de 1995 à 2010, indiquent :
• Une baisse continue de l'utilisation d'insecticides sur le coton et le maïs Bt d'un facteur 4 environ. Mais cela ne tient pas compte des insecticides Bt produits par les plantes.
• Une légère diminution de l'utilisation d'herbicides pour le maïs, mais une augmentation significative pour le soja et le coton. Globalement, l'épandage d'herbicides sur le soja a augmenté de 20% entre 1996 et 2008 (les herbicides totaux remplaçant au fur et à mesure les herbicides antérieurs).

L'USDA a arrêté de publier les statistiques de pesticides depuis cette date, alors que plusieurs indicateurs suggèrent une augmentation de plus en plus forte des herbicides utilisés, en raison des résistances provoquées chez les plantes adventices. Selon Le Figaro, l'Académie des sciences américaine estime en 2012 que les OGM ont fait exploser la consommation de glyphosate (matière active du Roundup) qui serait passée dans les champs de maïs de 1,8 million de tonnes en 2000 à 30 millions de tonnes en 2011.

En Inde

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Source : Conseil Consultatif Indien du Coton

On constate une diminution progressive des insecticides du ver du cotonnier, mais augmentation des autres insecticides.
Pourquoi ?
• Les plantes GM utilisées sont très sensibles aux insectes suceurs, mais la toxine Bt n'agit que contre le ver du cotonnier.
• L'élimination du ver du cotonnier entraîne la réapparition de différents ravageurs et une augmentation des problèmes liés aux cochenilles et insectes divers

 

En Argentine

Le soja tolérant à l'herbicide total Roundup a été introduit en Argentine en 1996. La surface cultivée progresse de façon continue et atteint en 2014 ~20 millions d'hectares.

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Les surfaces cultivées en oléagineux et protéagineux (soja, tournesol, colza) augmentent d'un facteur 1,9 entre 1996 et 2011 ; Les herbicides d'un facteur 5,6.

Les herbicides augmentent 3 fois plus vite que les surfaces cultivées.

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2 – Une agriculture durable ?

2.1- Apparition des résistances aux pesticides utilisés

Dans une interview au journal « Le Monde », Michel Fok, chercheur au Cirad, fait une évaluation critique de la culture du coton :
– Baisse de la rentabilité, les coûts augmentent,
– Demande de plus en plus de connaissances techniques alors que les OGM étaient censés apporter une facilité d'emploi,
– Avec le coton Bt, on a contrôlé la chenille la plus gênante, ce qui a laissé la place aux autres ravageurs, qui se sont développés et que l’on sait beaucoup moins bien contrôler.
– Aux États-Unis, mais aussi en Chine, les producteurs sont désemparés et doivent recourir à des pesticides classiques.
– Pour le coton tolérant aux herbicides, les phénomènes de résistance massive des plantes adventices n’avaient pas du tout été anticipé. Les producteurs de coton GM états-uniens ont alors dû faire appel à de la main d’œuvre saisonnière, souvent bon marché en provenance du Mexique pour arracher à la main et brûler les mauvaises herbes.

(Source : Le Monde, 27/04/2012)

 

Les plantes adventices deviennent résistantes

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Les mauvaises herbes deviennent résistantes au Roundup, elles se multiplient très vite et envahissent les champs de soja, de maïs, de coton et de colza. Près de 8 millions d’hectares sont d’ores et déjà infestés.

• Chaque année, de nouvelles plantes sauvages, comme l'amarante, développent des résistances aux herbicides totaux (Roundup, etc.) qu'elles transmettent à leur nombreuse descendance.
• L’organisation internationale chargée de leur contrôle (ISHRW) a déjà recensé 23 espèces sauvages résistantes. Mais… il y en aurait en fait plus de 380, selon Harold Coble, du ministère américain de l’Agriculture (USDA).
• Dans son rapport annuel 2014, l'USDA reconnaît les faits et propose de … multiplier le nombre d'herbicides utilisés !

 

2.2 – Qu'en est-il de la biodiversité cultivée ?

100 ans d’évolution agricole : quelques tendances et chiffres relatifs à la biodiversité agricole

FAO – Le Constat

• Environ 75% de la diversité a disparu depuis le début de ce siècle à mesure que, dans le monde entier, les agriculteurs ont abandonné leurs multiples variétés locales et cultivars traditionnels pour passer à des variétés à haut rendement, génétiquement uniformes.
• 30% des races de bétail frisent l’extinction et 6 races disparaissent chaque mois.
• Aujourd’hui, 75% des aliments de la planète proviennent d’à peine 12 espèces végétales et 5 animales.

Source : FAO – Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture-, 1999

FAO – Les causes

La principale raison de l’érosion génétique des cultures, comme le signalent presque tous les pays, est le remplacement de variétés locales par des variétés exotiques ou des espèces améliorées.

• L’érosion génétique se produit souvent quand les anciennes variétés qui se trouvent dans les champs des agriculteurs sont remplacées par des nouvelles.
• Les gènes et les groupes de gènes que l’on trouve dans les nombreuses variétés utilisées par les agriculteurs ne se retrouvent pas dans les variétés modernes, que les sélectionneurs ont adaptées à l'épandage massif d'engrais et de pesticides.
• Souvent, le nombre de variétés se réduit lorsque de nouvelles variétés commerciales sont introduites dans les systèmes agricoles traditionnels.

Source : FAO, 1999

Accélération du processus par les PGM

Les biotechnologies GM prolongent, en les artificialisant, les démarches de l'agriculture industrielle et de la dite « révolution verte ». La concentration des semences entre les mains d'un petit nombre de firmes et l'élimination de la plupart des petites entreprises semencières affaiblit considérablement l'offre de semences.

• En renforçant l'agriculture industrielle, elles accentuent la disparition des variétés paysannes locales au profit d'un petit nombre de variétés issues des procédés biotechnologiques.
• Sous l'impulsion des firmes qui développent les plantes GM, les systèmes légaux (Europe, États-Unis, etc.) ont permis de breveter les plantes transgéniques, et même plus récemment les plantes conventionnelles. Les agriculteurs ne peuvent plus les re-semer, ni les utiliser dans leurs processus de sélection. Les pratiques paysannes traditionnelles qui ont permis de créer et d'accroître la biodiversité cultivée sont donc encore plus menacées.

 

2.3 – Une agriculture industrielle de grandes surfaces

Argentine : Une monoculture du soja tournée vers l'exportation

Les autres activités agroalimentaires, elles, ont reculé. Le blé est passe de 6,3 à 3,3 millions d'hectares en dix ans. Les paysages mythiques de la pampa parsemée de vaches alimentées à l'herbe fraîche ont laissé place à des champs de soja et à des feedlots, des fermes d'engraissement. Six ou sept millions d'hectares ont basculé de l'élevage vers la culture du soja, qui a envahi les meilleures terres. Ainsi, depuis dix ans, 2,5 millions d'hectares ont été déboises pour cultiver cette plante qui rapporte énormément au pays : son exportation est taxée à hauteur de 35% et la quasi-totalité de la production est vendue à l'étranger (Chine et Union européenne surtout).

 

 

 

 

 

 

Des fonds d'investissement, la plupart du temps spéculatifs, se tournent vers la production agricole dans le but d'obtenir une rente de capitaux. Ces groupes louent la terre et les machines agricoles pour la production. Ils gèrent également le capital, la terre et le travail des tiers, ainsi que la production et la commercialisation.

4 % des exploitation couvrent 66% de la surface agricole et 82% couvrent 14% de la surface agricole

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Source : Limagrain Argentine

La financiarisation et la spécialisation sont aujourd'hui monnaie courante. On note ainsi le développement très rapide d'un mode de mise en valeur appelé « pools de siembra » dans lequel le « producteur » ne possède ni ne loue sur une longue durée la terre mais « vend » sa capacité de mettre en culture et de récolter les surfaces agricoles. Ainsi, un des plus gros producteurs de grains argentins, Los Grobo, n'est pas propriétaire d'un seul des 400 000 hectares qu'il exploite. (Ministère de l'agriculture, France)

La prédominance à court terme d'une logique économique et financière de la gestion agricole met en péril, à moyen terme, l'agriculture familiale, la reproduction des ressources naturelles et la durabilité environnementale.

 

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3- Mainmise sur les semences par les entreprises agrochimiques

3.1- Double verrouillage sur les semences, par le droit et les technologies

Depuis les débuts de l'agriculture, les paysans ont reproduit, échangé, sélectionné et amélioré librement leurs semences. Au 20ème siècle, avec le développement de la génétique mendélienne, les entreprises semencières se sont appropriées progressivement l'activité de sélection et d'amélioration des plantes. Avec l'apparition des engrais chimiques et des pesticides, les semences paysannes sont ainsi soumises à des procédures d'uniformisation qui accroissent les rendements, et les semences paysannes sont remplacées par des semences industrielles.

Un double verrouillage permet aux entreprises de contrôler les semences

Un verrouillage par le droit
Établissement du Certificat d'Obtention Végétale (COV) : le semencier inventeur obtient la propriété intellectuelle sur la variété créée. Les paysans doivent acheter les semences mais conservent le droit de les ressemer à certaines conditions .

Un verrouillage par les techniques de sélection
Création de variétés hybrides : les variétés perdent leurs propriétés à la seconde génération (baisse des rendements). Les semences doivent alors être rachetées chaque année, ce qui constitue un avantage évident pour les entreprises semencières.

A partir de 1985, avec l'apparition des semences GM, les verrouillages deviennent encore plus contraignants :

Un second verrouillage par le droit
En plus du Certificat d'Obtention Végétal (COV), les semences génétiquement modifiées sont soumises au droit de la propriété industriel. Il s'applique d'abord aux États-Unis, ensuite en Europe et dans la plupart des pays. Ainsi, les paysans doivent, dans l’immense majorité des cas, racheter leurs semences GM ou payer un droit à les ressemer chaque année. Ce principe de « droit sur les semences » constitue un sur-coût non négligeable pour les petits paysans, et fait peser sur eux un risque d’endettement dangereux en cas de mauvaise récolte.

Un second verrouillage par les biotechnologies
En plus de la mise au point de variétés hybrides, les techniques dites « GURT », appelées également « Terminator » permettent d'obtenir des semences génétiquement modifiées pour être stériles à la deuxième génération: la plante se développe dans les conditions habituelles la première année, mais elle produit un grain biologiquement stérile qui ne peut donc être resemé.
Devant l'ampleur des oppositions de la société civile, la technique a été mise de côté.

Histoires de procédures judiciaires

En août 1998, Monsanto engage une action en justice contre M. Percy Schmeiser, un agriculteur américain. La firme affirme que ce dernier a frauduleusement planté son colza OGM. De telles plaintes sont lancées au Canada et aux États-Unis contre des centaines d’agriculteurs. Monsanto a en effet breveté ses variétés transgéniques : elle ne vend les semences aux agriculteurs qu’à la condition qu’ils signent un « accord d’utilisation de la technologie », dans lequel ils s’engagent notamment à ne pas réutiliser les graines de leur récolte comme semences à la saison suivante : ils devront en acheter auprès de Monsanto chaque année. Et pour s’assurer que les paysans respectent cet accord, Monsanto a recours à des agences de détectives privés – Pinkerton aux États-Unis, Robinson au Canada – et met en place une ligne téléphonique permettant aux agriculteurs de dénoncer des collègues qu’ils soupçonnent d’utiliser des OGM sans les avoir achetés. La firme – ou ses agents – va parfois jusqu’à épandre du Roundup par avion sur des champs de colza pour vérifier qu’ils ne sont pas OGM.

Source : Le Monde

 

3.2 – Semences et chimie, le couple explosif

Chiffre d'affaires et rang des principales entreprises semencières et agrochimiques
En milliards de dollars – Années 2012 & 2013

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Source : Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective pour les semences

Les dix plus grandes entreprises contrôlent 61 % du marché mondial des semences, et les trois premières 44 %. Cinq des six principales entreprises agrochimiques se retrouvent également sur la liste des plus grandes entreprises de semences au monde. Elles contrôlent non seulement le marché des semences, mais aussi celui des produits phytosanitaires.