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L'agriculture se trouve au cœur de l'histoire de l'humanité, de son alimentation et de sa santé. Elle nous parle du lien organique qui se déploie entre les plantes cultivées et les hommes et les femmes qui les produisent et les consomment.

Elle fait face aujourd'hui à deux enjeux vitaux :

fleche_droitenourrir l'humanité au mieux, en apportant les nutriments indispensables à la santé et au bien-être des humains, en particulier résoudre les questions de la faim et des carences qui concernent plus d'un milliards d'humains dans le monde,

fleche_droites'orienter vers un développement durable en supprimant les pollutions, le gaspillage des ressources, et en restaurant la biodiversité cultivée.

Dans ce chapitre, nous présentons d'abord l'état de la malnutrition dans le monde, à partir des études réalisés par les agences internationales. Nous posons ensuite la question de la capacité des plantes OGM à « nourrir le monde ». Nous terminons enfin par les solutions proposées dans le cadre d'une agriculture familiale et agroécologique.

Sommaire

1- La malnutrition dans le monde : le constat
2- Les OGM, une solution pour nourrir l'humanité ?
3- Les alternatives : pour une agriculture familiale et écologique.

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1 – La malnutrition dans le monde– Le constat

diapo5-2En 2014, 795 millions de personnes souffrent de faim dans le monde, 98% dans les pays en développement. Statistiques FAO 2015.

2 milliards de personnes souffrent de carence alimentaire en vitamines et micronutriments alors que 1,4 milliards sont en surpoids (dont 0,4 milliards de personnes souffrant d'obésité).

Pour répondre à ces enjeux, deux modèles agricoles :
– le modèle de l'agriculture industrielle qui s'oriente vers de plus en plus de technologies pour tenter de corriger les nombreux problèmes qu'il a provoqué. Les PGM en seraient l'outil privilégié.
– le modèle de l’agriculture familiale et, dans sa version « savante », de l’agro-écologie, qui place la capacité des écosystèmes et les paysans au coeur de l'innovation. L'Organisation Internationale pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO) déclare aujourd'hui vouloir appuyer et promouvoir ce modèle, qu'elle nomme plus couramment sous le terme d'agriculture de conservation

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2 – Les OGM, une solution pour mieux nourrir l'humanité ?

Améliorer les rendements et les qualités agronomiques ?
Au niveau des rendements, nous avons vu que les semences OGM ne donnent pas de meilleurs résultats que les semences conventionnelles proposées par l'agriculture industrielle (voir la partie « Enjeux économiques ») . Nous avons vu également que leur développement au cours des vingt dernières années a eu plutôt un effet négatif aux niveaux de la pollution, de la biodiversité et du libre accès aux semences.

Améliorer les qualités nutritives ?
Les promoteurs des OGM tentent depuis longtemps d'obtenir des plantes enrichies en micronutriments, vitamines, minéraux, etc., permettant de lutter contre les carences alimentaires. Par exemple, des projets concernent le riz et le blé qui pourraient être enrichis en fer et en zinc et le maïs, en vitamine E. D’autres modifications sont également expérimentées en vue d’augmenter le contenu des plantes en protéines ou en acides gras bénéfiques pour la santé.

Parmi les essais en cours, nous avons choisi d'analyser le cas du riz doré car c'est le projet le plus avancé et médiatisé.

L'exemple du riz doré

Historique – 2000 –
Un riz humanitaire développé par la recherche publique

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A gauche, du riz blanc non-transgénique, à droite le riz doré transgénique enrichi en beta-carotène

Dans un article publié en janvier par la revue Science, deux équipes universitaires d'Allemagne et de Suisse dirigées par P. Beyer et I. Potrykus, respectivement, décrivent un riz transgénique obtenu par l'insertion de trois gènes (2 de jonquille et 1 de bactérie) qui permettent d'induire une voie de synthèse du ß-carotène.
Une campagne de presse à l'échelle internationale vante les mérites de ce riz doré (golden rice en anglais), présenté comme une PGM humanitaire, développée par la recherche publique, pour lutter contre les carences en vitamine A qui touchent plusieurs millions d'enfants dans le monde.

Entre mai et octobre, on assiste à une série d'accords de coopération public-privé au sujet de la distribution gratuite des semences issues de ce riz aux agriculteurs les plus pauvres des pays en voie de développement.

Publié à l'occasion de la parution de l'article sur le riz doré, un article de M.L. Guerinot déclare :
« On peut seulement espérer que l'application de l'ingénierie génétique des plantes pour améliorer la misère humaine, sans considération de profit à court terme, permettra de restaurer l'acceptabilité politique de cette technologie ».

Historique – 2000 –
Conférence de presse : le refus

Le 14 Décembre 2000, une conférence de presse sur le riz doré est organisée à Montpellier en marge du « Sommet du Comité Intergouvernemental du Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques ». Elle réunit des icônes mondiales du droit à une alimentation saine sans OGM, à l’instar de l’Ethiopien Tewolde Berhan Gebre Egziabher, de l’Indienne Vandana Shiva, ou encore du Français José Bové. Cette conférence de presse a permis d’exposer 4 raisons, unanimement défendues par les participants, pour refuser le riz doré :

1. La naïveté d'une solution magique. Croire que les carences alimentaires peuvent être sérieusement combattues par des solutions technologiques relève de la naïveté. Le faire croire au grand public, alors qu'il faudrait absorber plus de 2 kilos de riz doré par jour (selon ses performances de l'an 2000), relève de l'imposture.
2. Une biodiversité agricole négligée qui, elle seule, peut répondre aux carences multiples qui sont associées à la carence en vitamine A et restaurer un équilibre alimentaire de qualité.
3. L'alliance avec une firme privée, Astra-Zeneca (qui suite à une fusion avec Novartis est devenu Syngenta) détourne la recherche publique des ses objectifs humanitaires.
4. Les firmes agro-chimiques tentent avec le riz doré de promouvoir une image de plantes GM utiles à l'humanité et capables de contribuer à la lutte contre la faim dans le monde.
Une opération de communication jugée « indécente » par les promoteurs du riz doré.

Historique – 2005/2010 –
Les recherches progressent.

2005 : Les centres de recherche de Syngenta publient un article indiquant une amélioration de la valeur nutritionnelle du riz doré avec une forte augmentation (jusqu'à 23 fois) de la teneur en caroténoïdes. Aucun des auteurs n'appartient aux équipes de recherche publique de I. Potrykus et P. Beyer.
Il a fallu attendre cinq ans de recherches complémentaires avant de réussir à mettre au point un riz qui, consommé à raison de 100 à 150 grammes/jour, pourrait subvenir à « 60% des besoins en vitamine A ».

2010 : I. Potrykus déclare dans une article publié dans New Biotechnology : « Le déploiement du riz doré a souffert d'un retard de dix ans, exclusivement attribuable aux contraintes d'évaluation ». Affirmant que les technologies génétiques sont beaucoup plus précises et prédictibles que l'amélioration traditionnelle des plantes, Potrykus réclame un allègement des procédures d'évaluation. Ne pas le faire, « serait considéré comme un crime contre l'humanité ».

Historique – 2012 –
Un scandale éthique

diapo5-8Une étude publiée dans l'American Journal of Clinical Nutrition par une équipe sino-américaine, a testé l'apport en vitamine A du riz doré. Elle a été rétractée par l'éditeur le 29 juillet 2015, non pour des raisons scientifiques, mais pour des raisons éthiques. L’ONG environnementale Greenpeace a révèlé à la presse que des expériences avaient eu lieu sur des enfants chinois sans que les parents ne soient avertis qu'ils mangeaient du riz GM. Suite à ces révélations, les autorités chinoises ont affirmé que les auteurs de l’étude n’avaient pas reçu d'autorisation d'importer du riz transgénique et ont estimé que ces derniers avaient enfreint une règle d’éthique. Les chercheurs chinois impliqués ont été mutés et une enquête réalisée aux Etats-Unis s’est soldée par le désaveu des chercheurs et la rétraction de l'article par les éditeurs de la revue.

Malgré cela, les promoteurs des OGM ont salué les résultats de l'étude :
« les résultats scientifiques restent valables, à savoir que le riz doré constitue effectivement une source de vitamine A », se réjouit Ingo Potrykus.
« Ce riz est sûr, peut remplacer les capsules de vitamine A, dont la distribution coûte très cher, ou d'autres de ses sources comme les épinards, et il sera mis à disposition des communautés sans dépendance envers l'industrie agroalimentaire », assure Adrian Dubock (Le Monde, 12 avril 2013).

Historique – 2012
Un riz sûr et efficace ?

L'étude a concerné 68 enfants de 6 à 8 ans, en bonne santé, et a été menée dans le cadre d'une école élémentaire de la province de Hunan. Pendant 21 jours ces enfants ont bénéficié d'un régime alimentaire comportant une alimentation conventionnelle copieuse, permettant d'apporter les éléments nutritifs essentiels mais 1/3 seulement de la dose nécessaire en vitamine A. L'expérimentation a consisté à diviser les enfants en trois groupes et à comparer l'assimilation d'un apport supplémentaire en beta-carotène sous trois formes différentes :
• 60 g de riz doré (poids sec)
• 30 g d'épinards
• Une dose capsule de beta-carotène synthétique.

Les taux de vitamine A mesurés après ingestion chez les enfants étaient équivalents pour les trois régimes. Les auteurs concluent donc que l'apport du riz doré en vitamine A est efficace.
Ce qui est tout à fait justifié. Il faut cependant signaler deux éléments importants :
• 30 g d'épinards fournissent le même apport en vitamine A que 60 g de riz doré.
• L'expérience a eu lieu sur des enfants bien nourris et en bonne santé, bénéficiant d'un régime équilibré. Les résultats auraient-ils été positifs dans le cas d'enfants atteints de carence alimentaire?

Enfin, contrairement aux affirmations de la presse ou des promoteurs des OGM, une expérience d'alimentation sur 21 jours ne permet absolument pas d’apporter de conclusions quant à l'absence éventuelle de toxicité, un sujet sur lequel l'article scientifique ne se prononçait pas.

Historique – 2013

En Août, aux Philippines, un champ d'essai de riz transgénique fut détruit par 400 paysans philippins. Greenpeace a été mise sur la sellette par le ministre britannique de l'environnement, Owen Paterson. Le 13 octobre 2012, dans le journal britannique The Independant, il déclare que cette opposition « portait une ombre noire sur les tentatives de nourrir la planète : « Il est révoltant que des enfants deviennent aveugles ou meurent à cause de blocages à cette technologie, opérés par quelques personnes. »
«Le riz doré n'est simplement pas la solution, rétorque Janet Cotter de Greenpeace. Nous pensons qu'il est erroné de se focaliser uniquement sur le riz, car cela peut au contraire exacerber le problème d'accès à la nourriture. Nous prônons une diversification des cultures et des ressources alimentaires. Nous ne ferons pas d'exception, car ce projet a pour seul but de faire progresser l'acceptation des OGM en général. » (Le Monde, 12 avril 2013)

Historique – 2014

En Juin, Greenpeace est à nouveau accusée de crime contre l'humanité par les promoteurs du riz doré, qui font valoir la légitimité des entreprises semencières à participer à la cause humanitaire de la lutte contre la malnutrition. Patrick Moore, ancien cadre de Greenpeace devenu lobbyiste pour l’industrie nucléaire et l’agro-industrie, est à l’origine de cette accusation. Personnage controversé, il a fait l’objet d’un second « buzz » médiatique en mars 2015, à sa défaveur cette fois, suite a son interview avec le journaliste français Paul Moreira. En effet, dans cet entretien, Patrick Moore affirme avec détermination que le glyphosate est inoffensif, et qu’en boire un grand verre serait sans effet sur la santé. Le glyphosate est la substance active du roundup, le produit herbicide phare de Mosanto. Il a été reconnu comme cancérogène probable par l’Organisation Mondiale de la Santé fin 2015.

 

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3 – Les alternatives : pour une agriculture familiale et agroécologique

diapo5-11– Près de la moitié des individus victimes de la faim dans le monde viennent du monde rural. Ils sont particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles (sécheresses, inondations, cyclones, etc.).
– 20% de ceux qui souffrent de la faim sont issus de familles sans terre, dépendantes de l'agriculture ;
– environ 10% vivent dans des communautés qui dépendent de l'élevage, de la pêche ou des ressources forestières ;
– Les 20% restants vivent dans des bidonvilles à la périphérie des villes dans les pays en développement. Issus de l’exode rural pour la plupart, leur nombre est en pleine explosion.

D’après le Programme Alimentaire Mondial, « l’éradication de la faim est le défi le plus réalisable au monde. Il y a suffisamment de nourriture pour tout le monde et il ne faut aucune révolution scientifique pour combattre ce fléau. L'expertise, les outils et les politiques dont nous disposons aujourd'hui, combinés à une forte volonté politique, sont, à eux seuls, capables de relever le défi. »

Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, abonde également dans ce sens « [Il y a une] prise de conscience que notre modèle agricole, fondé sur des intrants intensifs (engrais et pesticides) et dépendant de l’industrialisation toujours plus poussée de l’agriculture, est à bout de souffle. Il faut donc changer de cap et aller vers l’agroécologie. Le problème, c’est que les États rencontrent beaucoup d’obstacles pour passer du discours aux actes. » (Le Monde, 29/04/2014)

« Les crises sociales, environnementales, sanitaires et économiques que traverse notre société sont connues, mais leur dimension alimentaire et agricole n'est pas toujours mise en lumière : effets inquiétants et désormais avérés des pesticides dans la progression de nombreuses maladies (cancers, maladies neurodégénératives et auto immunes, allergies, etc.), atteintes à l'environnement (destruction des paysages, pollution des eaux dont le coût de traitement risque d'exploser, érosion, appauvrissement des sols) et en particulier à la biodiversité dont les abeilles sont un témoin alarmant, contribution majeure de l'agriculture industrielle à l'effet de serre, déstructuration du tissu rural en France et en Europe, paupérisation des paysanneries des pays du Sud, pénuries alimentaires apparentes (dues aux problèmes d'accès à la nourriture)» (Collectif « Réorienter d'urgence l'agriculture française » Tribune publiée dans Le Monde, 24/02/2012).